Ph. Dewolf: Paulus au Festival The Romantics: lumineux

Philippe Dewolf, Paulus au Festival The Romantics: lumineux, Musiq3 – 02/12/13

René Jacobs se désole parfois que le public d’aujourd’hui ne prenne plus guère le temps de se familiariser avec le livret de l’opéra auquel il va assister, comme c’en était la coutume au dix-huitième siècle, ne fût-ce que pour savoir ce dont il retourne et situer les protagonistes. La remarque est également valable pour l’oratorio, ici celui qu’a inspiré à Félix Mendelssohn la vie d’un saint, Paul, Paulus en latin, et qui a été judicieusement programmée pour le concert de clôture du Festival The Romantics où se sont révélés quatre jeunes chanteuses et chanteurs pensionnaires à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth : Eva Ganizate, Sarah Laulan, Shao Yu et Charles Dekeyser. Que fit l’apôtre Paul, de quel message était-il investi, quel passé enténébré avait-il traversé, quel déchirement a-t-il vécu sur le chemin de Damas, même un mécréant pouvait être amené à se poser ces questions. Grâce en soit rendue aux interprètes : les choristes du Vlaams Radio Koor, les musiciens du Brussels Philharmonic et les jeunes talents dont nous venons de parler, dirigés avec un charisme de tous les instants par le chef estonien Arvo Volmer. La préparation de cette œuvre de belle ampleur avait été assurée par Hervé Niquet ; souffrant, il n’a pu porter le projet jusqu’au bout et il faut savoir gré aux deux chefs d’avoir accompli un travail dont la réussite s’est traduite dans une interprétation où l’émotion et le souffle dramatique n’ont jamais failli. Le bonheur était grand de voir Volmer diriger avec conviction, que ce soit dans l’ardeur ou la retenue, avec justesse dans chaque geste – cette admirable main gauche qui induit tous les degrés d’intensité, invitant à la confidence comme à l’éloquence, du silence aux tutti, la main levant à certains moments le son comme pour le porter à plus d’éclat. Il y eut aussi du suspense dans un échange entre ténor et chœurs, lorsque ceux-ci lui ont répondu par une cascade de chuchotements à donner le frisson. Certes, les récitatifs se taillent la part du lion dans Paulus, mais l’œuvre était plongée dans le climat de l’arioso, de sorte que l’on oubliait la nécessité de ” faire avancer l’histoire “.

Il y eut une révélation, parmi les excellents jeunes solistes, celle du ténor chinois Shao Yu qui, dès sa première et substantielle intervention, a subjugué l’ensemble du public : un timbre chaleureux, une parfaite prononciation (et non une articulation), l’intelligence du texte et un sens très poussé des nuances, ce sont là quelques-unes de ses éminentes qualités. Après le concert, il nous a confié qu’il ne parlait pas allemand, mais qu’il avait eu intensivement recours aux services d’un coach dans la langue de Goethe afin d’être en mesure de comprendre tout ce qu’il avait à chanter ; de sorte que nous avons entendu dire, dans le public : “…si nous connaissions le chinois aussi bien qu’il connaît l’allemand… “. Shao Yu a vingt-six ans et, comme l’ensemble des solistes présents, il se présentera à la prochaine session du Concours Reine Elisabeth où l’on peut espérer qu’il fera merveille.

Bernard de Launoit était aux anges : il se fait qu’il a naguère suivi Philippe Herreweghe à de très nombreuses reprises avec Paulus et s’était promis de programmer tôt ou tard le splendide oratorio, en priant le ciel que le rêve ne se transforme pas en cauchemar. Son bonheur est tel que, pour l’édition 2014 du Festival de la Chapelle Reine Elisabeth à Flagey, il envisage très sérieusement d’inscrire la Missa solemnis de Beethoven au programme.

Philippe Dewolf
Musiq3 – 02.12.13

 

Video of Paulus

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